La théière et le sucrier Wedgwood

Durant le XVIIème et le XVIIIème siècle, la Grande-Bretagne va asseoir son emprise sur le commerce mondial grâce à sa puissante Royal-Navy créant une première forme de mondialisation.

Des produits exotiques arriveront sur les tables européennes et deviendront un signe de richesse et de raffinement à l’image du thé. Bien que ne poussant pas en Grande-Bretagne, ces feuilles transformées en boisson deviendront l’un des symboles de la culture britannique.

À cette époque, le thé ne pousse qu’en Chine et l’Empire du Milieu garde jalousement le secret de la culture du thé. Ce sera Robert Fortune astucieusement déguisé en Chinois qui ravira le secret en 1848 pour introduire la culture du thé en Inde.

Dès 1706, Thomas Twining ouvre un premier magasin à Londres et devient le premier britannique à vendre du thé, spécialité hollandaise à l’époque.

En 1784, François de la Rochefoucault écrit « l’usage du thé est général dans toute l’Angleterre. On le prend deux fois par jour et quoique ce soit encore une dépense encore considérable il n’y a pas de plus petit paysan qui ne le prenne les deux fois comme le plus riche« 

Le thé est pris vers 17h, avant les parties de whist, parfois avec une collation, s’inspirant des goûters français qui servent du vin et une collation.

 

Notre théière et notre sucrier portent la marque du céramiste Wedgwood ancêtre de l’actuelle entreprise « Wedgwood ». Cette entreprise fut fondée en 1759 par Josiah Wedgwood (1730-1795) à Burslem dans le Staffordshire.  La fabrique devient une véritable usine nommée « Etruria » en référence aux céramiques des tombes étrusques alors fort à la mode. Véritable petit village, l’usine dont l’importance permettait la production de masse, est située à proximité d’un canal afin de pourvoir aux expéditions avec facilité. Etruria présente les traits typiques de la révolution industrielle qui donnera à la Grande-Bretagne sa puissance que Napoléon ne put contrebalancer.

Abolitionniste convaincu, Josiah Wedgwood est resté célèbre pour le médaillon anti-esclavagiste « Am I Not a Man and a Brother ? » (« Ne suis-je pas un homme et un frère ? ») produit dans son usine. Par la suite l’entreprise passe à Thomas Wedgwood, contemporain du Duc de Wellington.

Les productions de faïences noires sont la marque de fabrique de Weedgwood qui développa un grès noir et très dur teinté dans la masse nommé Black Basalte. Sa production la plus connue est appelée pâte Jasperware. C’est une faïence à corps sec, non émaillée, teintée et recouverte de bas-relief de faïence blanche par une barbotine. Les artistes étaient le modeleur James Yaffe et le sculpteur John Flaxman qui fournissait les bas-reliefs dupliqués grâce à de petits moules. Le Black Basalte est peint à l’encaustique ce qui permet de copier au mieux les céramiques antiques.

La théière et le sucrier exposés au musée Wellington datent de 1813, fabriqués pour commémorer la victoire de Vittoria en Espagne qui chasse définitivement les Français de la péninsule. Ils sont en black basalt. L’anse est en forme de cygne, le bec verseur en tête de lion, deux animaux souvent représentés sur les céramiques antiques. Sur le bas-relief, les grands poncifs antiques sont bien présents. Ainsi, Britannica personnification de la Grande-Bretagne vient couronner le buste antiquisant du duc de Wellington posé sur un autel. De l’autre côté du buste, un pouti joue de la trompe afin de célébrer la grande victoire acquise en Espagne.

Sur l’autre paroi de la théière, le bas-relief est remplacé par des inscriptions commémorant les batailles indiennes, portugaises et espagnoles remportées par le duc avec en point d’orgue, celle de Vittoria.

Ces objets sont des éléments constitutifs de la légende de duc de Wellington qui s’inscrit comme héros national britannique. Cette production en masse d’un objet garnira de nombreuses tables. L’image du duc de Wellington s’invitera dans un rituel culturel et social important en Grande-Bretagne. Cela n’est pas sans rappeler les mugs contemporains à l’effigie de la famille royale britannique.

Quentin Debbaudt, chargé des collections au musée Wellington

Bibliographie

  • Machet L, Les Wedgwood : de la poterie à l’industrie des arts de la table.

  • La Rochefoucauld (de) François, La vie en Angleterre au XVIIIe siècle, ou Mélanges sur l’Angleterre, 1784.

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