Un sabre réglementaire britannique (modèle 1803) d’officier de grenadiers

L’histoire des modèles d’épées réglementaires d’officier de l’armée britannique commence en 1786 quand les officiers d’infanterie furent priés d’abandonner l’esponton pour l’épée.

Avant 1786, l’esponton était le symbole de l’officier d’infanterie.

Arme très encombrante et peu efficace, elle était avant tout la marque de l’autorité de l’officier.

Déjà, avant 1786, les officiers britanniques en service en dehors de l’Europe, au-delà des mers, avaient commencé à abandonner cette arme désuète.

La guerre d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique dont les combats se déroulaient, entre autres, dans des forêts profondes ou les campagnes aux Indes sur des terrains accidentés, avaient révélés le peu d’adéquation de l’esponton aux réalités du terrain.

 

En 1786 un modèle réglementaire d’épée vit le jour suivi d’un autre en 1796. Ces épées étaient censées être des armes de combat mais elles étaient relativement fragiles et n’étaient pas faites pour le corps à corps.

Cavalié Mercer, qui commandait une batterie d’artillerie à cheval lors de la bataille de Waterloo, raconte d’ailleurs « qu’il ne pouvait y avoir de plus inutile ou de plus ridicule que le « vieux » modèle réglementaire d’épée pour les officiers, il n’était bon ni pour couper, ni pour pointer et qu’il était parfaitement encombrant… ».

Néanmoins, le modèle 1796 resta en service pendant presque 25 ans.

Parallèlement à ce modèle commença à se développer l’usage de porter un sabre à la place d’une épée chez les officiers de l’infanterie légère. Ils adoptaient en fait certains usages de la cavalerie légère et, ceci, pour se démarquer des officiers commandant les compagnies ordinaires des régiments d’infanterie.

Suite à cet effet de mode et à cet usage qui se généralisait auprès des officiers d’infanterie légère, le département du commandant en chef de l’armée britannique, autorisa, en 1799, le port du sabre à la place de l’épée, pour les officiers d’infanterie légère et pour les officiers des grenadiers.

Aucun modèle réglementaire n’était alors précisé. Ce n’est qu’en 1803 (le 18 mars) que le modèle réglementaire de sabre pour officiers d’infanterie légère ou de grenadiers, fut adopté. Les officiers d’infanterie de ligne conservaient l’épée du modèle de 1796.

Il s’agit donc bien d’un sabre à lame courbe et non d’une épée.

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La garde est en cuivre doré avec le chiffre « GR » (George Rex) découpé à jour, le pommeau est en forme de tête de lion. La poignée est en bois recouvert de peau de poisson et filigranée.

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Particularité pour les officiers des compagnies de grenadiers : une grenade dorée est fixée au-dessus du chiffre royal. On trouve d’autres types du même modèle avec un cor de chasse à la place de la grenade. Ceci étant l’apanage des compagnies d’infanterie légère.

Longueur de la lame : +/- 80 cm
Poids : environ 765,45 grammes
Poids du fourreau : +/ 397 grammes

Une fente est prévue au sommet de la garde pour faire passer la dragonne.
La dragonne est de couleur cramoisie et or. Elle se termine par des franges ou un gland.
La lame est courbe à un tranchant.

Avec le temps et la mode, la courbure de la lame va aller en augmentant jusqu’à former un croissant de lune prononcé. Ceci bien entendu au détriment de l’efficacité de l’arme ; les coups de pointe devenant impossible à porter.

Le fourreau est en cuir, les garnitures du fourreau sont en cuivre doré avec deux anneaux de bélières.

Le sabre que nous vous présentons a été fabriqué par un fourbisseur très connu en Grande-Bretagne à cette époque : John PROSSER

Voici d’ailleurs une de ses cartes en 1803 :

Il a été actif entre 1795 et 1835.
Il a été appointé comme fourbisseur d’épées et fabriquant de ceintures auprès du roi Georges III en 1795 et fourbisseur d’épée de Georges IV en 1820.

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Ce sabre restera en service jusqu’en 1822 quand un tout nouveau modèle sera adopté pour les officiers d’infanterie.

Major Ph. M. Bélie
Conservateur du Musée Wellington

Note :

Le sabre présenté provient d’une collection privée.
Photos de l’auteur (tous droits réservés pour le musée).

Bibliographie

  • Aries C. Armes blanches Militaire Françaises, Paris 1966
  • Cavalié Mercer, Journal of the Waterloo campaign Blackwood 1870
  • Norman A.V.B., Small swords and Military swords, London 1967
  • Pétard M., Des sabres et des épées, Editions du canonnier2005
  • Robson Brian, Swords of the British Army, the regulation pattern 1788-1914, Arms and Armour Press 1975
  • Smith Ch . H., Haythormethwaite Ph. J., Wellington’s Army, the uniforms of th British Soldier 1812-1815, Greenhill Books, London 2002
  • Les revues Tradition, Uniformes, Gazette des Armes et Regiment (en Anglais)

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