Un écran de cheminée estampillé Chapuis

 

Le musée Wellington élabore ses expositions temporaires avec des objets issus de sa propre collection mais aussi de collections publiques et privées. En effet, notre pays est une terre de collectionneurs, réputée pour certaines collections napoléoniennes privées.

 

Chapuis J-J, écran de cheminée, collection privée, vers 1815.

 

Dans le cadre de l’exposition « Ces arbres, témoins de notre histoire » organisée en partenariat avec l’AWaP[1], Nous avons emprunté un écran de cheminée, œuvre de Jean-Joseph Chapuis (1765-1864) d’époque et de style Empire provenant d’une collection privée. Il sert à illustrer le rôle des arbres dans la production artistique et celle des ébénistes, véritables orfèvres du bois.

Cette pièce vient en complément d’autres meubles visibles dans l’exposition permanente qui illustrent, quant à eux, la reprise des styles de la mode parisienne en province.

 

 

 

Anonyme, commode d’influence transition Louis XV-Louis XVI, Waterloo, musée Wellington, fin XVIIIème.

 

Description

L’écran de cheminée se compose d’un corps en acajou évidé en son centre pour y accueillir un tissu pare-flamme. Le corps du meuble est architectonique, c’est-à-dire qu’il s’inspire des formes de l’architecture classique alors en vogue en ce début de XIXe siècle.

Le piètement se compose de deux arcs cintrés. Chapuis les a réalisés via sa technique du lamellé qu’il utilise depuis 1802 pour cintrer le bois jusqu’à 90 degrés. Cette technique de découpe consiste à superposer des couches de bois en alternant le sens du fil, permettant d’exécuter des courbes. Vers 1850, l’Autrichien Michael Thonet (1796-1871) utilisera cette technique pour les célèbres chaises portant son nom. Les roulettes du piètement nous semblent rapportées, car ce genre de commodité n’apparaît que sous le style Louis-Philippe.[2]

Le piètement est surmonté de deux colonnes à fût lisse qui se terminent par deux chapiteaux à décorations géométriques typiques du travail de Chapuis.

 

Détail d’un chapiteau de l’écran de cheminée, collection privée.

 

Le tout est surmonté d’un entablement. Les différentes parties sont faites du même bois et les chapiteaux sont en laiton doré.

Le type de colonne utilisées nous permet de dater ce meuble de la fin de la période Empire – début Restauration[3] selon la comparaison effectuée par Bonenfant-Feytmans[4] reposant sur le travail de Ledoux-Léonard[5]. En outre, ce type de chapiteau se retrouve sur une commode de toilette exposée aux MRAH.

 

Chapuis J-J, commode, Bruxelles, Musées Royaux d’Art et d’Histoire, M.085, vers 1815.

 

Deux estampilles « Chapuis » attestent de l’origine du meuble. Malheureusement, les éléments de provenance sont inexistants. L’absence d’estampille au nom d’une résidence de l’Empereur Napoléon exclut cependant l’usage de cet écran de cheminée au palais de Laeken que Napoléon fit réaménager dans le style Empire.

 

Estampille Chapuis sur l’écran de cheminée, collection privée.

 

 

 

Chapuis, ébéniste belge de l’Empereur

Jean-Joseph Chapuis fut l’ébéniste belge de Napoléon Ier au même titre que Jacob-Desmalter (1770-1841) le fut pour Paris. Sous l’Empire, Napoléon entend rendre à la France son prestige hérité de Louis XIV. Pour cela, il mène une grande campagne de réameublement des résidences impériales et développe pour ce faire le style Empire.

Ce style entre dans la vogue néo-classique menée par le peintre Jacques-Louis David (1748-1825), qui entend égaler l’Antiquité et particulièrement l’Antiquité romaine. Paris se rêve en une nouvelle Rome, conduite par un nouvel Auguste nommé Napoléon. L’Empereur s’entoure des architectes Charles Percier (1764-1838) et Pierre Fontaine (1762-1853) pour mener ce projet à bien et s’investit personnellement dans les travaux d’élaboration.

C’est ainsi que va naître un style rigide et solide, à la décoration martiale faite d’appliques en bronze doré. À travers l’Europe napoléonienne, de nombreux ébénistes seront mis à contribution, tant par l’État que par des privés voulant être à la mode impériale.

Ce contexte permet à des artisans à l’image de Jean-Joseph Chapuis de prospérer. Chapuis est né en 1765 puis fut formé à Paris à l’atelier de Georges Jacob (1739-1814). Il devint ensuite maître ébéniste, ce qui lui permit de signer ses meubles avec une estampille. Avant la Révolution, il fallait être introduit maître par une corporation pour exercer un métier.

Chapuis s’installe à Bruxelles en 1795 et y ouvre un atelier. Assez rapidement, avec l’émergence du Consulat puis de l’Empire, Bruxelles entre dans une certaine prospérité économique portée par son industrie dentellière et carrossière. L’atelier de Chapuis, qui se distingue par une formation parisienne, reçoit de nombreuses commandes et occupe « vingt ouvriers et plus »[6]

Son style est plus sobre que ce qui se fait à paris comme l’observe Bonenfant-Feytmans  : « là où un Desmalter (1770-1841) inonde ses créations de sphinges, d’angelots grecs, d’amphores, de feuilles stylisées, de déesses, de guirlandes en bronzes dorés ou en bois recouvert d’or, Chapuis lui incorpore les styles en vogue sous Napoléon I mais avec parcimonie et délicatesse, ce qui rend ses productions intemporelles. »[7] Son mobilier est expédié jusqu’au château de la Malmaison dans l’intimité du couple impérial.

La chute de l’Empire ne porte pas préjudice à son activité et il s’adapte à l’image de nombreux artistes étudiés dans cette rubrique à l’image du peintre Mathieu-Ignace Van Bree (1773-1839)[8] ou du peintre sur porcelaine Frédéric-Théodore Faber (1782-1844)[9]. En 1815, il devint fournisseur de la cour royale des Pays-Bas.

Jean-Joseph Chapuis continua à exercer jusqu’en 1830 s’adaptant notamment au style Biedermeier[10] et libérant son imagination comme le montre un guéridon conservé au Musées Royaux d’Art et d’Histoire.

Il s’éteint à 99 ans à Bruxelles. 

De nos jours le mobilier Chapuis est exposé en Belgique au Musées Royaux d’art et d’Histoire (MRAH), au musée Charlier, au musée de la ville de Bruxelles, à la Vleeshuis à Anvers et en France à la Malmaison. En outre, ses descendants perpétuent la tradition comme restaurateurs de mobilier[11].

 

Conclusion

Il était important pour le musée Wellington d’exposer un meuble signé par Chapuis car comme le souligne Bonenfant – Feytmans « Cette existence méconnue explique que rare sont les meubles de Jean-Joseph Chapuis qui existent tant à l’étranger qu’en Belgique »[12]

Le musée Wellington a également pour ambition de restaurer la mémoire des Belges qui ont « fait » la période des guerres de la Révolution et de l’Empire tant au niveau militaire qu’artistique.

 

Quentin Debbaudt, Conservateur du musée Wellington et antiquaire diplômé.

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

Allgeier M, «Ein Armlehnstuhl von Jean Joseph Chapuis: Untersuchungen zur Konstruktion und zu den verwendeten Materialien » in CONSERVA Beiträge zur Erhaltung von Kunst-und Kulturgut, 2018, no 2, p. 23-33.

Bonenfant-Feytmans A-M, « Les meubles de l’ébéniste Jean Joseph Chapuis aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire à Bruxelles » in Bulletin des Musées Royaux d’Art et d’Histoire – Bulletin van de Koninklijke Musea voor Kunst en Geschiedenis, Bruxelles, Musées Royaux d’Art et D’Histoire,‎ 1986, tome 57 – fascicule 1.

Ledoux-Léonard D, Les ébénistes du XIXème siècle 1795-1889 : leurs œuvres et leurs marques, Paris, Les éditions de l’amateur, 1984.

 

 Sources numériques

Debbaudt Q, « Le plat à la Chapelle royale du service de Waterloo par Faber » in Zoom sur la collection, avril 2022. Disponible sur : https://www.museewellington.be/le-plat-a-la-chapelle-royale-du-service-de-waterloo-par-faber/ (consulté le 20 juin 2026).

Debbaudt Q, « La bataille des Quatre-Bras par Mathieu-Ignace Van Brée » in Zoom sur la collection, septembre 2022. Disponible sur : https://www.museewellington.be/la-bataille-des-quatre-bras-par-mathieu-ignace-van-bree/ (consulté le 20 juin 2026).

Janclaes R, « Jean-Joseph Chapuis, un menuisier de génie » in Culturius Magazine, 2026. Disponible sur : https://magazine.culturius.com/jean-joseph-chapuis-un-menuisier-de-genie/ (consulté le 20 mai 2026).

Les ateliers Jean-Baptiste Chapuis : https://jbchapuis.fr/ (consulté le 20 mai 2026).

 

 



[1] AWaP : Agence Wallonne du Patrimoine.

[2] Style dominant dans les années 1830 et 1840.

[3] Le style Restauration reprend les formes du style Empire entre 1815 et 1825.

[4] Bonenfant-Feytmans A-M, « Les meubles de l’ébéniste Jean Joseph Chapuis aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire à Bruxelles » in Bulletin des Musées Royaux d’Art et d’Histoire – Bulletin van de Koninklijke Musea voor Kunst en Geschiedenis, Bruxelles, Musées Royaux d’Art et D’Histoire,‎ 1986, tome 57 – fascicule 1, p. 130.

[5] Ledoux-Léonard D, Les ébénistes du XIXème siècle 1795-1889 : leurs œuvres et leurs marques, Paris, Les éditions de l’amateur 1984.

[6] Bonenfant-Feytmans A-M, « Les meubles de l’ébéniste Jean Joseph Chapuis… p. 124.

[7] Janclaes R, « Jean-Joseph Chapuis, un menuisier de génie » in Culturius Magazine, 2026. Disponible sur : https://magazine.culturius.com/jean-joseph-chapuis-un-menuisier-de-genie/ (consulté le 20 mai 2026).

[8] Sur le sujet : Debbaudt Q, « La bataille des Quatre-Bras par Mathieu-Ignace Van Brée » in Zoom sur la collection, septembre 2022. Disponible sur : https://www.museewellington.be/la-bataille-des-quatre-bras-par-mathieu-ignace-van-bree/ (consulté le 20 juin 2026).

[9] Sur le sujet : Debbaudt Q, « Le plat à la Chapelle royale du service de Waterloo par Faber » in Zoom sur la collection, avril 2022. Disponible sur : https://www.museewellington.be/le-plat-a-la-chapelle-royale-du-service-de-waterloo-par-faber/ (consulté le 20 juin 2026).

[10] Styme autrichien des années 1815 à 1848.

[11] Les ateliers Jean-Baptiste Chapuis : https://jbchapuis.fr/ (consulté le 20 mai 2026).

[12] Bonenfant-Feytmans A-M, « Les meubles de l’ébéniste Jean Joseph Chapuis…p. 121.