La collection du musée Wellington s’est agrandie depuis 1954 et compte aujourd’hui des centaines d’objets. Tous n’évoquent pas la bataille de Waterloo ou l’époque napoléonienne. En effet, le musée a reçu tout au long de son histoire des dons d’objets « anciens » qui illustrent la vie à Waterloo.
Parmi ceux-ci, deux marteaux de paveur, métier ayant fait la réputation de la cité du lion au XIXème siècle et au début du XXème siècle. Notre bâtiment a d’ailleurs été édifié par Humbert Olivet, «entrepreneur de chaussées de Sa Majesté le Roi » en 1705[1].
Marteaux de paveur de la collection du musée Wellington sur les pavés traditionnels de la cour du musée.
Le marteau de paveur
Le marteau de paveur est l’outil principal dont se sert le paveur. René Laurent nous le décrit ainsi : « Pour préparer le terrain et l’aplatir, les paveurs utilisaient principalement un marteau composé de deux parties. Une première partie qui sert à égaliser et à creuser l’endroit où l’on doit mettre le pavé en question. La deuxième partie sert à l’enfoncer. Selon les endroits, les paveurs utilisaient aussi une pince pour soulever les pavés et une dameuse »
Utilisation du marteau de paveur, image générée par l’IA.
Humbert Olivet et Waterloo
Humbert Olivert, fils d’aubergistes, est originaire de Vieux-Genappe[2] et s’installe à Waterloo afin d’habiter au plus près de l’important chantier de pavage du « chemin des Wallons » qui relie Bruxelles à Charleroi. Les deux villes ont des interactions économiques assez développées, ce qui pousse le gouvernement espagnol à entreprendre le pavage de cette importante voie de communication comme le précise un édit du 31 janvier 1685 : « Ayant trouvé convenir pour notre plus grand service et bien du public, de faire extendre la chaussée de Waterloo jusqu’à Genappe pour de là aller joindre celle de Namur, et de suite non seulement bénéficier et accroître l’entrecours du commerce mais aussi méliorer et augmenter (…) la recepte générale de nos Domaines (…) par le rehausçement du revenu des droits jà imposez sur les passages des chaussées de la forest de Soigne et autres encores à establir au moyen dudit ralongissement. (…) De plus, leur avons donné la faculté et puissance de faire lever et ceuillir à notre profit au bout de chaque lieue de chaussée un droit de passage conforme à celuy qui se lève sur les trois autres érigées depuis la ville de Bruxelles jusques par delà Waterloo »[3]
Enrichi par la construction de la route pavée, Olivet fait ériger sa demeure dont le musée Wellington est une partie sauvegardée. De la maison originale, il existe encore de nos jours les numéros 145, 147 et 149.
La maison originale présentait douze travées en façade dont neuf subsistent. La plus ancienne représentation de la maison Olivet nous est connue grâce au plan dressé en 1733 par le géomètre Adriaan De Bruyn. Deux porches y apparaissent ainsi que trois portes et sept fenêtres au rez-de-chaussée. L’étage présentait douze fenêtres surmontées de sept mansardes en toiture.
De Bruyn A, Plan de Waterloo en 1733
Humbert Olivet aménage des jardins en acquérant des terres appartenant à l’abbaye de Forest.
L’entrepreneur sera imité par ses ouvriers qui s’installent aussi à Waterloo et développent ce qui deviendra un véritable savoir-faire pour lequel le nom de Waterloo rayonnera à l’étranger.
En 1796, 35 paveurs sont recensés sur une population adulte de 1010 habitants[4], le plus jeune a 13 ans et le plus âgé 81 ans[5].
Aujourd’hui, le chemin de la Cense qui borde le parc Jules Descampe permet de se faire une idée du travail des paveurs de Waterloo. Ce chemin permettait de relier la N5 (chemin des wallons) et la ferme de la Cense. René Laurent, président du Cercle d’histoire de Waterloo nous le décrit : « Cette ferme qui existe selon les dires depuis 1145 était propriété de l’abbaye de Forest. Le chemin était en terre et il a été empierré seulement au 19ème siècle avec des pavés qui ont été récupérés sur le site de la chaussée de Bruxelles. Ce sont parmi les plus anciens pavés de l’endroit puisqu’ils doivent dater de la deuxième moitié du 17ème siècle ou du début du 18ème siècle« [6].
L’art conserve aussi le souvenir des paveurs à travers une statue paveur de Marcel Pitot inaugurée en 2000 sur le rond-point des Blancs Gilets, au Chenois.
Quentin Debbaudt, Conservateur
Bibliographie
Bousmar E, « Retour sur le Bicentenaire: quelques perspectives » in Waterloorama : Bulletin de la Société royale d’Etudes historiques et folkloriques de Waterloo, Braine-l’Alleud et environs, 45, 2017.
Callataÿ (de) P, Le musée Wellington : trois siècles d’histoire au cœur de Waterloo, Waterloo, échevinat de la culture, 2014.
Sources web
Gheysen D, « Focus sur Waterloo : sur les traces des maîtres paveurs », TVcom, 6 octobre 2023, disponible sur https://www.tvcom.be/info/societe/focus-sur-waterloo-sur-les-traces-des-maitres-paveurs/33033 (consulté le 4 juin 2026).
[1] Callataÿ (de) P, Le musée Wellington : trois siècles d’histoire au cœur de Waterloo, Waterloo, échevinat de la culture, 2014, p.15.
[2] Idem p.15
[3] Cité par Callataÿ…. p.5.
[4] 1436 habitants avec les enfants.
[5] Bousmar E, « Retour sur le Bicentenaire : quelques perspectives » in Waterloorama : Bulletin de la Société royale d’Etudes historiques et folkloriques de Waterloo, Braine-l’Alleud et environs, 45, 2017, p.5.
[6] Gheysen D, « Focus sur Waterloo : sur les traces des maîtres paveurs », TVcom, 6 octobre 2023.