Waterloo est connue dans l’histoire napoléonienne pour avoir été le lieu de la célèbre bataille du 18 juin 1815 mais son histoire napoléonienne ne doit pas se résumer à la bataille éponyme.
La commune s’est retrouvée dans de nombreuses histoires célèbres ou moins célèbres qu’explore cette rubrique depuis quelques années notamment à travers les publications du Waterloorama.
C’est ainsi que Waterloo fut intégrée au maillage sécuritaire de l’empire napoléonien. En 1796, une brigade de gendarmerie s’est installée dans un bâtiment aujourd’hui disparu. De nos jours un bâtiment conserve par son nom « d’ancienne gendarmerie »[1] la mémoire de la brigade de Waterloo. Il n’y a plus de gendarmes en Belgique depuis la fusion avec la Police intervenue le 31 décembre 2000[2].
Bâtiment dit de « l’ancienne gendarmerie » édifié en 2014. Photo commune de Waterloo
Le musée Wellington rappelle cette histoire par l’exposition d’un pistolet de gendarmerie, dépôt d’un collectionneur privé.
La gendarmerie, un héritage français
La gendarmerie est instituée en 1791 en France et remplace la Maréchaussée de l’Ancien Régime. C’est une unité militaire qui se distingue par sa fonction de maintien de l’ordre et de contact avec la population à la différence des autres unités militaires en campagne ou casernées. Le texte fondamental qui organise la gendarmerie est une loi du 17 avril 1798 qui resta en vigueur en Belgique jusqu’en 1957.
Quand les armées de la Révolution annexent les Pays-Bas méridionaux de fait en 1795 puis de jure en 1797, la France doit y organiser un service de gendarmerie. C’est le général Louis Wirion (1764-1810)[3] qui organise la gendarmerie en trois divisions dans ce que l’on appelle les « départements réunis ».
A la chute de l’Empire, le royaume des Pays-Bas conserve ce service mais revient au nom prérévolutionnaire de « maréchaussée ». Durant la Révolution belge et la guerre d’indépendance, de nombreux gendarmes rejoignent les insurgés et apportent leur connaissance militaire ainsi qu’un encadrement professionnel. Cependant, certaines brigades restent fidèles à la maison d’Orange, ce fut le cas à Waterloo où les gendarmes doivent être désarmés par les volontaires, le 24 septembre 1830[4].
Par la suite le Gouvernement provisoire prend un arrêté afin de former une gendarmerie belge, le 19 novembre 1830. Ce corps sera l’un des piliers sécuritaires du nouvel état, traversant de nombreuses épreuves comme les deux occupations allemandes, les conflits sociaux, le terrorisme, l’hooliganisme ou encore le grand banditisme.
A partir de 1991, la gendarmerie quitte la sphère militaire pour s’intégrer à des fonctions plus civiles. La progressive insertion dans le monde civil s’achève le 31 décembre 2000 avec la fusion des polices.
Cette institution française qui s’inscrit dans la vaste transformation de notre société par la Révolution puis l’Empire aura existé 203 ans en Belgique.
Les pistolets de gendarmerie
Afin de rappeler cet épisode de notre histoire nationale et locale, le musée expose dans la salle « du soldat » un pistolet de gendarmerie déposé par un collectionneur privé de Waterloo. Il s’agit d’un pistolet de gendarmerie du modèle an IX, fabriqué à la manufacture nationale de Maubeuge (nom républicain de cette manufacture).
C’est un pistolet en demi-arçon avec une monture en bois et qui garde toutes ses garnitures en fer. Son canon à cinq pans courts est daté de 1806 ; il s’agit soit d’un canon de remplacement, ou bien les platines marquées « fabriques nationales » ont continué à être utilisées pendant les premières années de l’Empire afin d’épuiser les stocks. La queue de culasse, gravée « Modèle an 9 », la longueur du canon est de 12,7 cm ; la longueur avec queue de culasse est de 16,8 cm.
Le pistolet présente sa baguette à tête de clou. La longueur totale du pistolet est de 24,7 cm. Il est en bon état de conservation, même si les parties en acier présentent une oxydation d’usage.
L’arme a été étuidée par Jean Boudriot (1921-2015) qui a rédigé les quatre volumes des Armes à feu françaises : modèles réglementaires,[5] véritable référence pour l’historien, ainsi que de nombreux ouvrages sur l’armement et la marine.
À la fin du XVIIIe siècle, les unités de gendarmerie sont essentiellement formées de cavaliers, car elles doivent pouvoir patrouiller sur de vastes espaces afin d’assurer la sécurité. Leur armement doit s’adapter à ce mode de service en étant léger et portatif.
Pistolet de gendarmerie, Waterloo, musée Wellington – dépôt d’une collection privée, circa 1806.
La gendarmerie à Waterloo
Afin de faire face aux nombreuses menaces auxquelles elle est confrontée la République instaure la conscription par la loi Jourdan-Delbrel, le 5 septembre 1798.
Cette loi va permettre à la France d’opposer des armées massives de conscrits aux armées professionnelles réduites des monarchies européennes. Si cette mesure et l’activité d’organisation de Lazare Carnot (1753-1823)[6] empêche la France de succomber militairement, elle entraine de graves contestations principalement en Vendée et dans le sud où les populations prennent les armes.
Dans les autres départements, les révoltes sont de moindres importances mais la désertion devient problématique. En effet, un tel système n’est pas populaire et accroit le ressentiment des populations fraîchement française envers le pouvoir impérial. Le chanoine Tellier de Waterloo se souvient « Je me souviendrai toujours de la désolation qui régnait dans le village lorsque les conscrits allaient faire leurs adieux à leurs parents et à leurs voisins »[7]
Les réfractaires[8] recherchés par l’armée doivent se cacher chez des proches ou dans des sites plus difficiles d’accès à l’image des forêts. Dès lors, Waterloo située en lisière de la forêt de Soignes sur le chemin des Wallons[9] qui relie Charleroi à Bruxelles semble être idéalement placée pour y établir un poste de gendarmerie.
L’effectif de la brigade qui s’installe à Waterloo le 10 juillet 1796 comptait un commandant et quatre gendarmes à cheval[10]. Ces gendarmes ne seront jamais vraiment appréciés par la population qui les considéraient à juste titre comme un instrument de contrôle et de chasse aux déserteurs. Le poste de Waterloo fut d’ailleurs attaqué par le chef de bande Charles de Loupoigne[11] et son « armée Belgique », le 1er juin 1799.
Carte de Ferraris montrant le centre de Waterloo, Bruxelles, KBR, 1777. La flèche montre l’endroit où se trouvait la première gendarmerie.
Ils sont installés au Pachy à l’emplacement du court de tennis dans une maison louée à Jean-Joseph Gérard. La gendarmerie y restera jusqu’en 1850 pour déménager sur le site de l’actuel « ancienne gendarmerie ». Le bâtiment qui abrita les gendarmes entre 1796 et 1850 sera abattu en 1974.
Ancienne gendarmerie de Waterloo construite en 1939 et détruite en 2011. Photo Waterlooblog.
Présenter ce pistolet dans notre scénographie permanente, c’est faire le choix de présenter la bataille de Waterloo dans un contexte plus large, et notamment celui de l’implantation de la gendarmerie dans nos pays. Institution qui marquera durablement l’histoire de la Belgique.
Quentin Debbaudt, Conservateur du musée Wellington
Bibliographie
Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer, Liste nominative des citoyens décorés de la Croix de fer, Bruxelles, Imprimerie et lithographie de P-M Michelli, 1865.
Boudriot J, Armes à feu françaises : modèles réglementaires : 1717 – 1836, tome 1, Paris, Jean Boudriot, 1979.
Vander Cruysen Y, Waterloo : 70.000 ans d’histoires, Bruxelles, Jourdan, 2017.
[1] https://www.apibw.be/projets/waterloo-ancienne-gendarmerie/ (consulté le 9 mai 2026).
[2] Selon la loi du 7 décembre 1998 qui organise la Police entre un échelon pluri communal (zone de Police) et un échelon fédéral.
[3] Le général Wirion connu une triste en fin en se suicidant à la suite de sa mise en accusation après avoir dépouillé des prisonniers anglais de leur argent.
[4] Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer, Liste nominative des citoyens décorés de la Croix de fer, Bruxelles, Imprimerie et lithographie de P-M Michelli, 1865, p.128.
[5] Boudriot J, Armes à feu françaises : modèles réglementaires : 1717 – 1836, tome 1, Paris, Jean Boudriot, 1979.
[6] Lazare Carnot est un mathématicien, physicien, officier et homme d’État français. Il fut notamment député à l’Assemblée législative puis à la Convention nationale. Il est membre du Comité de salut public en 1793-1794, son rôle dans les succès des armées françaises de la Révolution lui vaut les surnoms de « Grand Carnot » et d’« organisateur de la Victoire ».
[7] Cité par : Vander Cruysen Y, Waterloo : 70 000 ans d’histoire, Bruxelles, Editions Jourdan, 2017, p.51
[8] Le réfractaire fuit la conscription avant d’être enrôlé alors que le déserteur quitte son service quand il est enrégimenté.
[9] Actuelle N5.
[10] Vander Cruysen Y, Waterloo : 70.000 ans d’histoires, Bruxelles, Editions Jourdan, 2017, p.53.
[11] Charles de Loupoigne est le surnom de Charles François Jacqmin, aussi surnommé Cousin Charles ou Charlepoeng. Il commandait un groupe d’insurgés contre la présence française dans les Pays-Bas méridionaux.